Perle de lumière – 16

La Clef des Chants – Dragey

„O.M.N.I. (Objets Musicaux* Non Identifiés)“

*ou

Magiques

Mystérieux

Multiples

Mystiques

… et plus selon votre imagination

10 juin 2023

« Chaque chose doit resplendir à son heure, et cette heure est celle où des yeux véritables la regardent. »

Marina Tsvetaieva

Bonjour à vous, et bienvenu.e.s aujourd’hui dans notre machine à « mélanger » le temps (et les lieux 😉 !

Les Perles de cette troisième saison arrivent à leur fin, et la nostalgie se fait déjà sentir…

Une envie, aujourd’hui, celle de partager avec vous quelque chose de vraiment grandiose, de la musique, de la poésie qui se situe complètement hors du temps, pour cette capacité d’incarner et de donner à ressentir à chaque écoute, à chaque lecture, la profondeur et l’immensité, l’universalité de l’âme humaine.

On se sent parfois un peu perplexe, désorienté, devant le temps qui passe, les générations qui se succèdent et l’histoire qui défile sous nos yeux… en oubliant parfois, – souvent ! – que l’aventure humaine est une seule et même épopée, qui se décline à l’infini, selon les aléas de l’époque que l’on vit. Et il est des œuvres d’art qui savent, mieux que d’autres, sans qu’on sache vraiment bien pourquoi, contenir cette immensité et cette universalité.

Écoutez, si vous le désirez, ce deuxième mouvement de la 6ème symphonie de Bruckner (1824-1896, Autriche) et vous vous sentirez dès les premières notes transporté.e.s par cette plénitude universelle ! La poésie que nous avons choisie, de Jorge Luis Borges (1899-1996, Argentine), « Everness » nous livre ce secret, qui nous ouvre grand les portes à l’insondable complexité du réel et à ce qui paraît insaisissable dans les métamorphoses du temps.

Incessantes métamorphoses pour lesquelles Borges forge ce terme « everness » (sans équivalent en français, ni en espagnol d’ailleurs), qui mime la tension entre le toujours et le jamais, qui renvoie à un présent indéfini, hybride, où se réaliseraient des rencontres impossibles, défiant les lois de la science. 

Oui, les temps, les lieux sont perméables, et nous permettent de lire Borges en écoutant Bruckner ! Quelle ivresse !

 

 

 

(Traduction en vers de Nestor Ibarra)

Et voici l’ « Adagio – sehr feierlich » (très solennel) de la sixième symphonie en La Majeur d’Anton Bruckner, interprétée ici par l’Orchestre  Philarmonique de Münich dirigé par Sergiù Celibidache (1912-1996). Cette interprétation est très particulière, et ajoute au mystère du temps, justement, qui est un peu le thème du jour. Les « Tempi » de ce chef d’orchestre sont en effet extrêmement lents, (pour vous donner une idée, la 6è symphonie dirigée par Bernstein dure 56 minutes, celle de Celibidache 1 heure et 2 minutes…) influencés par sa compréhension très poussée et très recherchée d’une certaine philosophie de la musique, la « phénoménologie » de la musique, comme il aimait la nommer. Il a lui-même beaucoup cherché à comprendre les mystères du temps et de la musique, approfondi ses recherches personnelles, avec, entre autres, un maître indien et un autre Zen.  Il confie à un journaliste en 1986 : « Je peux certifier que sans le Zen, je n’aurais pas perçu ce principe exceptionnel, à savoir que la fin réside dans le commencement. La musique n’est pas autre chose que la réalisation de ce principe. » 

Nous voici donc à nouveau en plein dans notre perception du temps… quel mystère insondable et infini !

Nous ne voulons pas ici entrer dans des détails trop complexes, et surtout longs, mais la tension qu’il insuffle dans cette musique est absolument unique. Ses enregistrements sont très rares, car il les refusaient, la musique étant selon lui strictement connectée avec l’immédiat et le contact direct entre les interprètes, le public, et surtout le lieu du concert. Ils les définissait « des pillules de musique » … ce qui rend bien l’idée. Mais nous lui sommes infiniment reconnaissants d’avoir tout de même autorisé quelques exceptions, grâce auxquelles nous pouvons écouter la Perle d’aujourd’hui !

Voici ce moment de musique inoubliable selon nous, enregistré durant un concert à Munich, en 1993, trois ans avant sa mort.

Sur YouTube :

Sur Spotify :

https://open.spotify.com/track/5myVOt2SLc1g3F1q3Kk4wa?si=O2kJ6_ZbT2SIx6-o4T_4qA

Et pour ceux et celles parmi vous désirent écouter la Symphonie en entier, la voici :

Sur YouTube :

…et sur Spotify :

https://open.spotify.com/album/6P5ulv0p6YzTmXgA7IR69t?si=GCb-0eSuRNaaWHZifMM-jw

« La vie est ailleurs » disait André Breton : elle est peut-être ici, par exemple…

Bonne lecture et bonne écoute, et à très bientôt, amitiés à toutes et à tous,

Dominique et Carlo